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¤ KesKiyA : L'homme qui tutoyait Serge
Espérant zapper son service militaire (je vous parle d’un temps que les moins de trente ans et quelques ne peuvent pas connaître) mais n’ayant rien fait pour, il fut convoqué un beau jour (très sombre) loin de chez lui. Là il s’était dit qu’il aurait dû prévoir, faire comme certains de ses potes, « objecter consciencieusement », demander un service civil, même si c’était plus long. Mais non, il n’y avait pas songé. Il s’en foutait à cette époque. Donc puisqu’il n’avait plus le choix il pensait qu’il effectuerait son service National dans la marine vu qu’il était breton. Malheureusement, il fut convoqué dans un ancien camp semi disciplinaire en région parisienne. Les boules, et même les grosses bollocks, mais il fallait bien y aller s’il ne voulait pas voir les flics débarquer à la maison. Il s’aperçut là-bas qu’il y avait plein de gars originaires de sa région, des types qui comme lui n’y avaient pas pensé plus tôt et qui pour certains ne pensaient pas plus aujourd’hui et même ne penseraient jamais. Bien sûr, ce n’était plus si hard que lorsque le camp était semi disciplinaire mais ils restaient des instructeurs qui n’avaient pas intégré ce changement, et on se demande s’ils savaient qu’ils bossaient avec des appelés du contingent. « Bossaient ? » hum ! « Faisaient chier » eut été plus juste. Enfin, comme Jo était adaptable (je crois bien vous l’avoir déjà dit ça), il s’était adapté et avait supporté les marches de nuit suivies de matinées de démontage-nettoyage-remontage-démontage-nettoyage-remontage d’armes à n’en plus finir, les parcours du combattant ordonnés par des aspirants officiers beaucoup plus jeunes et souvent beaucoup plus cons qu’on ne pouvait l’imaginer, ces « aspis » qui ne rêvaient qu’à Clint Eastwood et au Maître de guerre qu’ils pourraient devenir s’il y en avait une, de guerre, les ordres inimaginables et délirants pour quelqu’un de censé donnés par des petits sergents aux gueules de bouledogues. Ces connards n’avaient aucun scrupule. L’un de ses collègues de galère avait été contraint de faire une marche de quelques dizaines de kilomètres (la nuit y a le temps) avec un pied en vrac, avant d’être réformé pour un grave problème de santé qu’il avait pourtant signalé dès le départ ; un autre avait dû finir un parcours du combattant malgré une douleur intense au poignet, qui après consultation s’était révélé être cassé. Ce gars là était routier, se souvenait Jo, et s’il n’avait pas eu de chance, en sortant, il n’aurait peut-être jamais pu reconduire. Enfin, il pouvait en rajouter, des exemples… Des connards, ces instructeurs ! Instructeur, encore un joli mot ! Et voilà, il avait perdu un an de sa vie comme ça. Avec un peu de gueule (contre la grande muette ça le fait ?) aujourd’hui tu fais un procès à tous ces types, et à l’Etat, pourquoi pas ? Y a bien un mec qui a fait un procès à l’éducation nationale parce qu’il estime qu’il n’a pas eu une bonne note en philo au bac à cause de l’absentéisme d’un prof, alors, un an de volé, ça vaut quoi ?
Lui, notre Jo, ça lui a valu de revenir à la vie civile en commençant par le RMI. Super ! Et des missions d’intérim qu’il avait enchaînées, 2 heures par-ci, 3 heures par là pendant de longues semaines, super active la vie, jusqu’à ce qu’il se décide à passer un mois chez une tante à lui en région parisienne. De là, il avait écrit un peu partout. Et voilà, son taf il avait fini par le trouver, son premier un peu stable, dans le mobilier urbain, mais c’est un autre sujet. Et on en reparlera. (voir épisode 1)
Jo (0) : Avant (1/2)
Cela faisait de longues semaines que Jo galérait, enfin il galérait, pas tant que ça, il avait un taf. Si on veut ! « Du taf » serait plus approprié. Ca ne correspondait pas à sa formation, mais ça c’est du luxe, c’est réservé aux très bons ou aux très riches, ou à ceux qui ont du bol, beaucoup de bol.
Il n’avait jamais su ce qu’il voulait faire, professionnellement. Profiter de la vie, il voulait bien, mais grâce à quel boulot, il n’avait jamais su. A l’école, lorsque le moment de l’orientation était arrivé, il ne savait pas, et s’il devait choisir aujourd’hui, il ne saurait toujours pas. « Il y a bien des trucs qui te plaisent ? -Ouais, pleins de trucs mais pas de quoi en faire un métier ». Pas de passion, manque d’ambition. Tout ça nuit fortement dans la société actuelle. Au collège, en classe de troisième, lorsqu’il avait dû choisir il avait choisi quasiment ce que l’on avait choisi pour lui. Il n’était ni bon ni mauvais. Le marché du travail demandait des techniciens donc Jo avait suivi les conseils du type chargé d’en donner, comme son nom l’indique le « conseillé d’orientation », un gus payé pour en donner, des conseils. Allez ! Ca critique… il ne critique pas en général, juste un peu celui-là, le sien, celui qui l’avait mal conseillé ; mais c’est facile de dire ça, ok ! En même temps, il n’est dit nulle part que le conseillé d’orientation doit donner de bons conseils, il doit juste en donner et c’est déjà pas mal. Enfin, Jo pensait, juste comme ça pour déconner qu’en 2007 son ancien « conseillé » l’aurait orienté vers la police si Sarkozy devenait président et vers l’armée si c’était Royale qui accédait à la fonction suprême. Conseillé d’orientation ! Enfin ! « Une personne chargée de porter la parole des entreprises » serait un peu plus juste. On ne fait pas ce qu’on veut quand on est un moyen, surtout sans ambition particulière. On se dirige là ou il y a un peu de demande, point.
Remarquez ! Ca va un peu de faire des études pendant des années pour aboutir à que dalle, pensent les archaïques, la majorité quoi ! Si si, même tes proches, loin de l’utopie du salaire universel qui n’est pourtant que bon sens. Bon reprenons, c’est pas tout de se laisser aller à des considérations politiques quand on n’est pas sûr d’être du même avis que ses lecteurs. Donc, reprenons :
Toujours est-il qu’à ce moment là il fallait des chaudronniers. Et Jo s’orienta vers une classe de techniciens en tuyauterie industrielle (TI), lui qui détestait avoir les mains sales, c’est le comble, mais sur le coup, « ça ou autre chose, hein ? » s’était-il dit.
Là il avait rencontré des durs, des « chaudards », relativement sympas pour certains (faut pas exagérer non plus), mais quand même t’avais un peu l’impression que l’orientation se faisait à la gueule, au faciès. Lui seul apparemment n’avait pas la tête de l’emploi… Voilà ! C'est ça ! Son conseillé d'orientation voulait sûrement qu'il se fasse arracher la gueule par des types qui avaient des pieds à la place des mains. Non, c'est des conneries ! Faut pas être la moitié d'un con non plus pour faire TI. Enfin, il s’en tapait, il avait toujours été adaptable. Après une seconde technique, une première et deux terms il finit par obtenir son brevet de technicien. Ca ne l’avait jamais motivé plus que ça mais après avoir surmonté quelques difficultés il avait obtenu le diplôme. Pas plus motivé par cette branche en sortant qu’en entrant il n’avait pas donné suite et avait arrêté ses études sur cette victoire. (To be continued)
eT Je ReVieNS à
KeSKiyA présente
Jo (7) : La révolution
Jo se ressourçait en Bretagne, tranquille, à une période ou tout le monde bossait. Les vacances étaient finies, les rares vacanciers étaient peinards, ils n’encombraient ni les plages ni les rues de la petite commune du Sud Finistère où Jo retrouvait les amis qui lui restaient dans le coin, et sa famille. Ah, la famille !
De là, il suivait toujours l’info, les manifs contre le CPE allaient bon train et Villepin s’accrochait à sa loi sur l’égalité des chances des plus riches comme une tique au cou de Guli, le bâtard de clébard trouillard du frangin de Jo.
Le mardi, des manifs de partout, des échauffourées à Paris, Rennes, etc. Le jeudi, ça enflait, remanifs, des petits, ce coup-ci, les lycéens, et ils n’y allaient pas de main morte, blocage de tout ce qu’ils pouvaient, lycées, ronds-points, mairies, etc. Il y avait même sa demie nièce par Pacs en photo sur le Ouest-France de vendredi lors d’une manifestation. La famille a parfois du bon. C’est promis, samedi, même si la sortie du vendredi soir s’éternisait, Jo irait renforcer les rangs des manifestants dans la petite ville voisine, qu’il pleuve, qu’il vente, même si le temps est aussi pourri que le CPE, il irait.
Il avait quand même un peu les boules, Jo, la tension montait et lui il prenait l’air sur la côte. « C’est pas vrai, si la révolution commence demain, je ne serai même pas à Paris ! »
La seule révolution pour Jo en ce moment c’était depuis deux jours. Avant, son frangin, il lui serrait la pince, ça faisait plus viril ou je ne sais quoi ! Et ils avaient passé une soirée ensemble, comme d’hab pourtant, z’avaient picolé, z’avaient causé, s’étaient attendris , et ils avaient décidé qu’il n’était pas trop tard pour se montrer plus fraternel, qu’ils s’aimaient bien quoi ! Alors depuis deux jours ils se faisaient la bise, et ce n’était pas plus mal comme ça, d’autant plus qu’il faisait déjà la bise à ses meilleurs potes, Jo, alors son frère qu’il aimait comme un pote, rien de plus naturel. Encore un argument pour la famille ? Chépas !? Y avait peut-être un truc autour de la quarantaine, machin truc tout ça ! L’un l’avait passée, l’autre y arrivait… Va savoir.
Mais quand même, La Révolution ! Allez, la révolution, même si c’est une toute petite, elle attendrait bien le mardi suivant et le retour de Jo à Paris, et au pire, va ! Elle pourrait même commencer sans lui…
eT Je ReVieNS à KeSKiyA présente
Jo (6) : Hippo, un pote
Hippo qu’il l’appelle. Nul besoin de le préciser, ce n’est pas son vrai nom. Voilà quand même qui est fait. Son prénom, c’est Paul, et Paul est un chef en informatique. Chef, c’est une façon de parler, il n’aime pas trop la hiérarchie le Paul. Donc blabla informatique, etc. et il signe ses mails…(ah ! ses mèls, pour les ceusses par qui je vais me faire enguirlander si je n’écris pas bien le français - mèl pour message électronique, bande d’ignares, mais on en recausera peut-être car c’est compliqué le français tu peux pas t’imaginer, enfin si, normalement tu peux vu que t’essaies aussi de le lire, mais bon… - ) … donc il signe ses mèls e-po, pour électronique Paul (prononcé « ipo » vous suivez !) d’où Hippo. Ouf ! Et son surnom lui va plutôt bien. Il passe des heures enfermé dans sa mare à lui, son appart, sans décoincer d’un pouce de devant l’ordinateur. En plus il est assez… comment dire pour ne pas froisser sa susceptibilité, fort, et l’analogie avec l’animal est vite faite. Il baigne dans l’informatique, l’image est on ne peut plus juste, depuis son plus jeune age. Il a commencé à tapoter sur un Armstrad CPC 464 à cassette. Génial ! Pour l’époque s’entend. Faut pas déconner non plus. Aujourd’hui à part Fab, l’autre pote qui touche en la matière et par ailleurs collectionneur de vieux machins informatiques, plus personne n’utilise de bécane pareille. Donc, donc et re-donc (c’est Carambille qui écrit comme ça, une autre copine de Jo, mais là je m’embrouille) sur cette machine le chargement des jeux prenait trois plombes sur le micro disque dur, que la moindre clé USB grille allègrement de nos jours en capacité. Mais ça ne l’a pas découragé, l’Hippo, au contraire.
Aujourd’hui il créé des jeux pour une start-up qui n’en est d’ailleurs plus une. C’est devenu une méga entreprise, ce qui l’ennuie aux entournures car il n’a plus la liberté du début, notre créateur (toujours façon de parler) car il espérait justement développer un jeux anti-religieux : « apprenez à vous débarrasser de vos Dieux ». Jeu qu’il voulait éducatif et culturel. Un jeu de civilisation, une espèce de Sim dans lequel tu construirais ta société et suivant ce que tu apportes à tes concitoyens, éducation, culture, divertissement, tu aurais pu constater, si tu débrouillais bien, un certain désintérêt pour la religion. Un anti opium du peuple. Le but étant bien sur d’arriver à une société athée épanouie, autant que possible. Mais bien sur, conjoncture oblige, ce n’est pas le moment vu les flans qu’ont fait certaines caricatures, et le boss d’Hippo n’a pas souhaité qu’il s’engage plus avant dans ce projet. Tant pis, mais ça lui a foutu un coup. Hippo, on le comprend aisément, se lasse des jeux à la con auxquels on lui propose d’apporter sa pierre. Il aurait préféré balancer son pavé, et a même parlé de changer de job. Ben ouais, Hippo est anar, et un brin picolo, ce qui n’a pas de rapport direct. Quoique, quand la société ne tourne pas comme on veut on cherche des échappatoires (c’est sympa le pluriel, parce que bien malin qui pourrait me dire si c’est un féminin ou un masculin sans regarder un dico, ce mot). Et c’est son cas, des échappatoires il en trouve, et parmi celles-ci (Fichtre, je vous en ai dévoilé le genre), le vin blanc. Enfin, c’est un pote, et les potes on ne le critique pas dans le dos.
Voilà, c’en est un parmi d’autres, de potes, et comme on dit « on choisit ses amis mais on ne choisit pas sa famille ».
Mais c’est un autre sujet et on verra peut-être plus tard qu’on fait dire tout ce qu’on veut aux dictons à la noix. Allez, comme dit souvent Jo : « Rien ne sert de qui dort dîne ».
Jo (5) : Mieux vaut bobo que concon.
Ce jour là Jo a allumé sa télévision ½ heure plus tôt qu’à son habitude. Ce n’est donc pas Audrey qu’il a en face de lui mais l’une de ses « petites » collègues du journal de France 3 Ile-de-France. Elle est tout aussi métisse que sa journaliste fétiche, peut-être même originaire du même DOM et bien que charmante il lui manque, de l’avis de notre Jo, un petit quelque chose pour arriver au niveau de « chouchou », peut-être juste le petit sourire ou simplement la brillance des lèvres, enfin pas grand-chose. Mais bon, peu importe, il la regarde et l’écoute :
« A Paris, suite à l’aménagement de l’avenue Jean Jaurès qui s’est traduit par l’élargissement des trottoirs, la création d’une piste cyclable et le passage de 4 voies à 2 voies de circulation pour les automobiles, une voie entrante, une sortante, nous avons interrogé un automobiliste qui travaille à Paris et qui met 2 heures pour se rendre à son bureau. »
Là, elle passe la parole à l’intervieweur et à son interlocuteur qui y va de son speech:
« Depuis les aménagement de Delanoë je passe beaucoup plus de temps dans ma voiture. Deux heures à l’aller, deux heures au retour. Comme je dois conduire mon enfant à la crèche le matin je suis obligé de prendre mon auto. »
Dommage ! Se dit Jo.
Mais poursuivons : « Je n’aime pas prendre le train, pourtant je ne mettrais que 40 minutes pour me rendre à mon travail, mais je n’aime pas la promiscuité et en voiture je peux écouter la radio, fumer une cigarette tranquillement. Mais je passe beaucoup de temps dans les embouteillages ».
Bon OK ! Se dit encore Jo. La crèche, obligation, tout ça, etc.
Et le type finit : « Vivement les beaux jours que je puisse prendre ma moto pour aller beaucoup plus vite au boulot ».
Et là Jo se demande pourquoi le journaliste ne lui rétorque pas : « Et votre gamin, à moto, vous pouvez l’emmener à la crèche ? »
Voilà bien un exemple de mauvaise foi, premièrement du journaliste qui a fait le nécessaire pour avoir un avis négatif sur la politique d’aménagement menée à Paris sans trop se casser la tête, et deuxièmement de l’automobiliste motard du dimanche et des beaux jours qui de toutes façons, même s’il avait un bus ou une gare en face de chez lui n’irai pas au taf en transport en commun.
Ce nase aurait pourtant la possibilité de conduire son enfant à la crèche puis il se rendrait à la gare la plus proche ou il laisserait sa caisse pour la journée. Non seulement il gagnerait du temps, mais en plus son fils se lèverait plus tard et resterait moins longtemps à la crèche ; que des avantages !
Dans ce journal TV ils sont donc en train de nous dire, se dit Jo, « vive la bagnole, la moto, les bouchons et la pollution pour nous, pour lui et pour son gamin ».
Décidément, pense-t-il, les jolies journalistes présentatrices à la télévision c’est bien, vive les minorités visibles, mais ∂*‡A!¤K!!! (et là je vous cache l’interjection « néologiste » et charretière employée par Jo car même les plus cool des censeurs d’Over-blog et d’ailleurs n’en aurait pas laissé passé un début de syllabe) non aux conneries trop visible à la télé !
Jo c’est quand même calmé à l’approche de 19H30. On ne sait pas trop pourquoi, il n’avait pas fumé; d’aucun disent qu’il aurait un petit penchant pour la présentatrice du national de France 3. D’après lui, c’était pour suivre l’actu ; et il est resté devant le petit écran jusqu’à 19h55, sans détacher un instant ses yeux de la perle blanche au milieu des yeux noirs pétillants de la charmante Audrey.
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