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Ca va être ta fête, Noël ! (2005)

Jeudi 19 janvier 2006
Syl et Ron (Ron Howard, à gauche) après une scéance de tournage du "Code" (juin 2005 - Paris).
Des pourparlers sont en cours pour une éventuelle future collaboration.



En attendant vous pouvez toujours aller voir la bande annonce de "Da Vinci Code" à cette adresse:

http://www.davincicode-lefilm.fr/







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Samedi 24 décembre 2005
Ca va être ta fête, Noël ! (8)


La perplexité laissa place aux rêves dans l’esprit de nos enquêteurs.
L’homme reprit :

« Comprenez-vous maintenant l’urgence de la situation ?
- Bien sur, dit Sophie, nous allons faire en sorte de faciliter votre départ.
- En avez-vous le pouvoir ?
- Monsieur Langdon et moi-même avons quelques connaissances bien placées, et je pense que ça ne posera pas de problème. Faites-nous confiance. »

Après avoir donné trois coups de fil, Sophie convainc l’homme de patienter, après quoi ils le raccompagneraient au traîneau.
1 heure et trente minutes plus tard, ils embarquèrent tous les trois dans une 605 officielle à l’avant de laquelle se trouvaient le chauffeur et un militaire haut gradé. Celle-ci les mena à Poudlard ou se trouvaient quatre gendarmes et leur supérieur. Le général Mouillaud sortit de la Peugeot noire et leur ordonna  de regagner leur caserne. Il salua  l’homme en blanc et laissa Sophie et Robert le raccompagner.
Arrivé au traîneau, l’homme en fit le tour afin de constater les dégâts et s’aperçut qu’ils n’affecteraient pas son vol. Il manquait une plaque et la seconde avait été détériorée.
« SN, qu’est-ce que ça signifie ?
- Votre agresseur rêvait de super héros et il semblerait que cela veuille dire : Super Noël. Mais qu’y avait-il à l’origine sur ces panneaux ?
- Simplement JN pour joyeux Noël.

Les animaux avaient été soignés et paraissaient en bonne forme. L’homme embarqua.
Mais des questions taraudaient encore notre spécialiste en iconomachin :

« Mon ami, les pères Noël ne sont-ils pas habillés en rouge ?
- C’est exact ! Nous nous sommes pliés à vos croyances depuis 1931. Ca ne faisait qu’une cinquantaine d’années que j’exerçais, et nous nous sommes réunis exceptionnellement pour discuter de ce problème, car un dénommé Haddon Sundblom 3, un dessinateur américain, venait d’affubler le père Noël d’un costume rouge pour une publicité pour un soda 4 mondialement connu. La publicité est très influente, difficilement contournable même par nous, et parfois dangereuse, même pour des adultes, méfiez-vous en mes amis. Nous avons voté et depuis ce jour les pères Noël sont en rouge lorsqu’ils font la distribution des jouets. Les autres jours ils sont en blanc.
- C’est extraordinaire ! Et quel est votre nom ?
- Comme mes collègues du sud, je suis le père Nawel. »

Nos amis en restèrent bouches bées.

Après de chaleureux remerciements le père Nawel s’envola dans l’obscurité. Il était 19 heures et Sophie et Robert rejoignirent le général à bord de la voiture officielle, non sans avoir fini la fiole de Langdon, et regagnèrent Chartres où se trouvait l’auto de location de Soph.
Là, ils décidèrent de se faire un repas de fête, avant l’heure, afin de se remettre de toutes ces émotions.

……………………………………………….


Le lendemain à 16 heures au ministère de la Défense, le général Mouillaud entra dans le bureau C3PO.

« Bonjour Colonel.
- Mon général, quoi de neuf aujourd’hui ?
- Deux dossiers à classer.
- Deux seulement ?
- Période creuse, mon cher. »

Il lui remit les dossiers numérotés D05-XJ112 et D05-XJ113.

« Vous les scellerez et classerez comme il se doit. Bonsoir Colonel.
- Bonsoir mon général. »

Le colonel nota que les dossiers avait les mêmes références, de dates, mais aussi de thème, XJ. Il savait à quoi correspondait ce code, et ça devait être une coïncidence. Il se dirigea vers la porte blindée située au fond de son bureau, au troisième sous-sol du ministère. Il composa un code à six chiffres sur le pavé numérique situé sur le côté droit de la porte puis plaqua son œil sur le scanneur rétinien. Le rai de lumière scanna son œil. Après deux secondes, un bip sonore retentit. Le colonel put actionner la grosse poignée et entrer dans un sas dans lequel se trouvait le matériel nécessaire pour sceller les dossiers.
Par habitude il jeta un œil sur la première page des dossiers ; il était tenu au secret, bien sûr, mais il avait quand même, et c’était là son seul défaut, une fâcheuse tendance à la curiosité surtout lorsque XJ apparaissait sur un dossier. Il ouvrit donc et tomba sur la première page du D05-XJ112 et lut : Saisie – Manuscrit : « Rebouteux et Ufologie, ma vérité. Tome II » de Io.B.

« Ils l’ont censuré, se dit-il, pourtant le premier était bien intéressant. »

Il ferma ce dossier et le passa dans ce qu’ils appelaient la « conserve ». Le dossier en sorti emballé dans une espèce de boite en acier totalement hermétique marquée du code approprié. Il passa au second dossier, ouvrit la première page et lut :  Enquête de gendarmerie, Chartres, décembre 2005 – Père Noël.
Cela ne l’étonna pas, il en avait déjà vu passer plusieurs tels que celui-là, à chaque fois marqués du code XJ signifiant : Objets volants non identifiés.

…………………………………………………


Noël, fils de Gérard, passa la fin de l’année en tôle, ce qui permit à son geôlier de cellule de dégrisement préféré de lui sortir la vanne creuse :

 «Hé, Nono ! Cette année, c’est vraiment les fêtes de Noël Nouvelan.»

…………………………………………………


Sophie Neveu et Robert Langdon finirent leur repas de pré-Noël tard dans la nuit.

« Bébert, tu veux que j’te… tu veux que j’te dise, Bébert, tu veux que j’ ? ? ?
- Vas-y, dis, ma poulette, exprime-toi clairement, tu peux me causer, je comprendrais tutafait, je suis pas si con que j’en ai l’air…
- Tais-toi ! Tu veux que j’te dise, eh ben, … tu veux que j’te le dise vraiment, hein, Bébert, tu ressembles de plus en plus à Bukowski !
- A Bukows’qui ?
- A Bukowski, pas pour ton talent, pour la picole…de plus en plus que tu lui ressembles… »

Ils rentrèrent se coucher à l’auberge de Hogwarts, cette fois dans la même chambre. Malheureusement les multiples abus de la soirée firent que Sophie s’endormit la tête dans la cuvette des toilettes et que Robert, ayant réussi à ôter sa première chaussure en équilibre sur une jambe, ne parvint pas à enlever la seconde, perdit l’équilibre et s’affala au pied du lit, qu’il ne quitta pas avant une heure avancée de la matinée lorsque le garçon d’étage vint frapper à la porte.

…………………………………….



Et comme chaque année, tous les enfants du monde ont trouvé, au pied des sapins de Noël, des cadeaux par milliers. Même ceux chez qui il n’y a pas de cheminée. Hé oui ! Ca c’est un autre mystère, et on en reparlera peut-être un jour.


FIN.


3. Haddon Sundblom (1899-1976) - voir les sites indiqués dans les remerciements.
4.
Coca Cola.

          
  
     
Le "New York Harper's Illustrated Weekly"




Remerciements

L’auteur remercie Dan Brown pour ses personnages et s’excuse de lui les avoir volés et amochés. Il remercie Syl pour ses recherches. Merci aussi à la foire saint André de Chartres qui existe bel et bien mais qui se déroule le dimanche le plus proche du 30 novembre et non fin décembre. Il remercie tous les pères Noël et les pères Nawel et ceux qui bossent avec eux. Il remercie aussi ses collègues de travail qu’il a gavé avec son histoire de Noël, il remercie ses pauses au boulot et ses jours de repos. L’auteur remercie http://lieuxdits.free.fr/perenoel.html (à voir aussi, le blog à l’adresse http://laboiteaimages.hautetfort.com/archives/2004/12/23/le_manteau_du_pere_noel.html).
 Il ne remercie pas les publicitaires qui nous font gober n’importe quoi. Il ne boit jamais de Coca (parce que c’est bien de cette marque qu’il s’agit) sauf quand il n’y a que du whisky à boire et qu’il n’y a rien d’autre à mettre dedans, il n’aime d’ailleurs pas non plus le whisky sauf s’il n’y a que ça à boire et s’il y a du Coca à mettre dedans. L’auteur écrit Coca, mais que Pepsi ne pense pas que ça ne le concerne pas autant ! L’auteur n’aime pas les buveurs de Coca parce qu’il est intolérant…merde qu’est-ce que je raconte. Merci aussi à Marie-Noëlle et Jean-Balthazar.




L'un  des Pères Noël de Coca.




syl. déc.2005.

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Jeudi 22 décembre 2005
Ca va être ta fête, Noël ! (7)


Ils se garèrent dans la cour de la ferme de Gérard Nouvelan et trouvèrent le fermier coupant du bois à l’ancienne, une grosse hache entre les mains.

« Bonjour. Monsieur Nouvelan ?
- C’est moi, qu’est-ce que vous me voulez ?
- Sophie Neveu, police scientifique, et voici monsieur Langdon.
- Qu’est-ce qui vous amène chez moi ?
- Votre fils…
- Bon Dieu, s’exclama-t-il car c’était de famille, qu’est-ce qu’il a foutu encore ?
- Peut-on voir la grange ?
- Bon Dieu, vous allez m’expliquer !
- Ne vous inquiétez pas, monsieur, il va bien. Conduisez-nous à la grange s’il vous plaît.

Gérard planta violemment sa hache dans le billot et partit d’un bon pas vers la grange suivi de Robert et Sophie.
La grosse porte de bois grinça quand Gérard l’ouvrit. Bob et Soph se précipitèrent à l’intérieur, fouillèrent une minute et trouvèrent rapidement l’homme en blanc, toujours inconscient, bâillonné et ligoté, dont une jambe dépassait de la paille.
Sophie téléphona immédiatement au SAMU pendant que Robert libérait le pauvre bougre.

« Donnez-moi un linge et de l’eau fraîche, lança-t-il à Gérard.

Celui-ci sortit en courant et revint deux minutes plus tard tenant un broc et une serviette blanche. Sophie humidifia le linge et en tamponna le front de l’individu inerte. L’homme ouvrit les yeux.

«A boire ! » demanda-t-il.
- Ne bougez pas, monsieur . Les secours vont arriver et vont vous examiner. Avez-vous mal quelque part ? »

Il ne répondit pas à cette question et après avoir bu une petite gorgée d’eau il reprit soudain paniqué:

« Laissez-moi partir, c’est bientôt l’heure, il faut que je parte.
- Calmez-vous ! »

L’homme s’apaisa modérément, se sentant un peu faible, mais articulait toujours :
« C’est bientôt l’heure, laissez-moi y aller.

Quelques minutes plus tard d’autres hommes en blanc arrivèrent, ceux du SAMU. Ils embarquèrent le type et le conduisirent au CHU de Chartres.
Sophie et Robert expliquèrent vaguement la situation à Gérard Nouvelan ; la gendarmerie lui donnerait bientôt de plus amples renseignements. Ils rattrapèrent l’ambulance sur la route menant à la capitale de la Beauce.

A l’hôpital l’homme fut pris en charge immédiatement. Examiné, bichonné, nourri, il reprit des forces mais ne cessait de demander à partir. Dès qu’il fut possible à nos enquêteurs de l’interroger, ils se rendirent dans sa chambre.

« Comment allez-vous, monsieur, vous nous reconnaissez ?
- Merci, ça va. Oui je me souviens.
- Nous avons quelques questions à vous poser.
- Avant tout, s’il vous plaît, je dois vous dire qu’il s’agit d’une affaire très importante. Je dois m’en aller dans les plus brefs délais. J’ai une mission à accomplir. »

Bob et Sophie reconnurent un accent méditerranéen.

« Une mission ? De quel genre de mission s’agit-il ?
- …
- Vous pouvez nous éclairer un peu.
- Je ne peux et ne dois rien vous dire.
- Rien ne sortira de cette chambre, soyez-en certain. Nous savons déjà quelques petites choses à votre sujet, s’avança Robert.

A cet instant, un médecin entra et conseilla à Langdon et Neveu de ménager le patient. Ils pourraient l’interroger ultérieurement, après de nouveaux examens.

Pendant cette attente ils reçurent de nouvelles informations provenant du lieu de l’accident :

« Bonjour, commissaire Grandpol ; les informaticiens n’y comprennent rien ! Le matériel du traîneau leur est totalement inconnu, mis à part un système de navigation très élaboré et une espèce de Google Earth mille fois plus précis que l’original !
- Merci commissaire."

Une demi-heure plus tard ils retournèrent auprès de l’homme alité. Il allait visiblement mieux. Son teint halé lui donnait maintenant meilleure mine.

« Comment allez-vous ? Commença Langdon.
- Ca va, merci, mais je vous l’ai déjà dit, je dois partir.
- Expliquez-nous, rien ne sortira d’ici.
- Que s’est -il passé, le traîneau est-il encore là ?
- Ne vous inquiétez pas. Apparemment rien de vital n’est touché sur votre traîneau, il vole.
- Il vole ! Vous l’avez vu voler ? Qui à part vous l’a vu voler ?
- Rassurez-vous, une personne seulement, et il n’est pas spécialement crédible…Il n’y aura aucun souci. Mais dites-nous-en un peu plus, je suis spécialiste en iconologie religieuse et Sophie Neveu est de la police scientifique, nous comprendrons, je vous l’assure.
- Je procédais à des essais du traîneau, les derniers avant de lancer les nouveaux modèles du parc mondial  des… des pères Noël.
- DES pères Noël, dites-vous ? Demanda Langdon.
- Oui, ça vous semble hallucinant, vous me prenez pour un dingue.
- Pas du tout, après avoir vu l’appareil voler, nous sommes disposés à vous croire. Reprenez !
- J’effectuais donc des réglages. Le parc, qui dispose d’un millier de traîneaux, se trouve dans les arcs montagneux de Taurus, en Turquie, région de laquelle je suis originaire. Je suis, en plus de ma fonction première, ce que vous nommeriez un mécanicien.
- Mais le père Noël vient du nord ? demanda Sophie.
- Pour l’Europe de nord et de l’ouest oui, mais pas pour tout le monde. Vous imaginez bien que la livraison des cadeaux ne se ferait pas en temps voulu s’il n’y avait qu’un père Noël. Vous vous laissez facilement influencer. Cette idée vous vient probablement de l’écrivain américain Georges P. Webster qui a écrit que LA manufacture  de jouet ainsi que LA maison du père Noël étaient cachées dans les glaces du pôle Nord. Mais bien sûr, ce n’est pas tout à fait exact, car comme je vous l’ai dit, il existe plusieurs pères Noël et donc plusieurs manufactures disséminées par le monde.
 Mon rôle, avant la Grande Tournée, est donc de participer à l’optimisation du matériel, au développement  des dernières technologies et aujourd’hui à la validation du certificat de vol. Tout fonctionnait bien, je vérifiais juste un branchement quand cet homme est arrivé, et mon erreur a été de m’arrêter à cet endroit, qui me semblait pourtant désert, le radar ne m’ayant indiqué que la présence d’animaux sauvages. D’ailleurs, je crois me souvenir que ce gaillard dégageait une forte odeur animale, n’est-ce pas ?

- Effectivement, même d’assez loin cela m’a importuné, dit robert.
- Eh bien ! Celui-là, c’est vraiment sa fête ! ajouta Sophie
- Je vérifierais tout de même ce radar ; nous ne sommes pas infaillibles. Maintenant, je crois que l’on doit s’inquiéter de ne pas avoir de mes nouvelles et si je ne rentre pas cela risque de compromettre la distribution de cette année, ou au moins de la retarder, ce qui est inconcevable, vous pouvez l’imaginer.»


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Mardi 20 décembre 2005
Ca va être ta fête, Noël ! (6)


Vendredi. Dès son réveil, pourtant très tardif mais néanmoins difficile, Noël vida le fond de la bouteille d’eau vie de cidre à 90° qu’il avait tenu toute la nuit contre lui.

« Faut que je répare mon vaisseau, se dit-il, mais va p’t’être y avoir du monde autour !
Bon Dieu !»


Il était déjà 13 heures 30, mais il se mit en marche vers son but, le sac à dos rempli de tout ce dont il pouvait avoir besoin, traînant derrière lui les  deux belles bêtes qu’il avait laissé dans le pré la veille. Une demi-heure plus tard, il arriva sur les lieux et s’aperçut,  comme il s’y attendait, que deux gendarmes surveillaient son « appareil ».
Il attacha les rennes à un arbre, dissimulés derrières un gros bosquet de ronces.

Par chance l’un des gardiens s’éloigna rapidement, prétextant une envie pressante.
Accroupit au pied d’un arbre afin de soulager son besoin, celui-ci n’eut pas le loisir de se relever suite au violent coup de paluche reçu sur la tête.

« Et d’un ! » Fut la réflexion simpliste de l’auteur du coup.

Ce dernier se dirigea ensuite vers le second gardien des lieux :

« Hé Bé ! Mon ami, qu’est-ce tu fous là par ce froid ? »

Pas effrayé par un type qui semblait être du coin, le gendarme s’approcha, content de pouvoir discuter un peu, et se mangea une formidable mandale dont il se rappellerait toute sa vie qui l’envoya valdinguer à plus de trois mètres de là. Assommé, notre uniforme ne se réveilla que quelques heures plus tard à l’hôpital de Chartres après avoir été ranimé par une équipe spécialisée.
Noël dégagea difficilement le traîneau encastré dans le chêne et commença à rassembler les morceaux épars afin de passer à la réparation. Il effectua un travail grossier, comme à son habitude, mais l’ensemble reprit forme progressivement à grand renfort de clous, de fil de fer et de lanières de cuir pour l’attelage.
A 15 heures, les bêtes étaient sous son joug, prêtes à partir.

Au même instant, la smart de Sophie se présentait à la sortie du dernier virage menant à Poudlard. Nos deux enquêteurs avaient pris un frugal repas servi sèchement par Noémie. Tout de même détendus après avoir fini par un digestif du crû, leur sang ne fit qu’un tour lorsqu’ils aperçurent l’un des brigadiers la tête dans le caniveau (c’est la faute à Nono) ou plutôt dans le fossé car en pleine campagne ça s’appelle ainsi, et un individu debout dans le traîneau donnant son premier signe de départ à l’attelage qui réagit aussitôt.

« Accélère, cria Robert à Sophie, passe à gauche ! »

L’engin commençait à décoller quand l’automobile jaune arriva à son niveau. Langdon ouvrit la portière, sortit autant qu’il put du véhicule, en équilibre précaire, et parvint à saisir l’un des patins qui prenait rapidement de la hauteur. Il fut arraché de la voiture et fit un effort considérable pour se mettre à califourchon sur ce support inconfortable. En moins de dix secondes l’appareil avait atteint une bonne hauteur. Noël, apercevant son assaillant, essaya d’un moulinet du bras gauche de le faire lâcher prise ce qui eut pour effet de les faire descendre à pic.
Cela leur fit le même effet qu’un trou d’air en avion, mais n’ayant pas plus de ceinture que d’hôtesse pour leur demander de l’attacher, Noël et Robert « décrochèrent », lâchèrent le traîneau et s’envolèrent. Les animaux habitués à tous types de surfaces n’eurent aucun problème à l’atterrissage, ce qui ne fut pas le cas de nos deux protagonistes. Noël tomba dans un grand chêne qui lui occasionna quelques égratignures. Il y resta  suspendu par son bas de pantalon, balançant la tête en bas à trois mètres au-dessus du sol. Robert, quant à lui, plongea directement dans le ruisseau glacé, par chance à l’endroit ou celui-ci avait le plus de profondeur. Décidément, les cours d’eau lui portaient chance (voir « Anges et Démons »). Il en sortit frigorifié. Sophie, qui avait suivi l’action depuis sa Dujardinesque auto sans pouvoir réagir, se  précipita enfin vers lui avec le pled qui  prenait jusque là toute la place dans le coffre de son auto.
Ils laissèrent pendouiller le benêt et allèrent tenter de réveiller les deux gendarmes. Le premier finit par sortir de son étourdissement avec un bourdonnement d’oreille et un œil au beurre noir. Le second resta dans les vaps. Ils appelèrent immédiatement les secours ainsi qu’un renfort de gendarmerie.

Le téléphone de Sophie résonna aussitôt après l’avoir raccroché :

« Sophie Neveu.
- Bonjour, ici le laboratoire central. Les premiers résultats des analyses de la plaque qu’on nous a fournie à 14 heures sont là. Il s’agit d’une marqueterie étonnamment ancienne; vers le IVème ou le Vème siècle, provenant probablement d’Asie au vu des matériaux utilisés . Le rajout est très récent, quelques heures seulement, c’est également du bois de pin mais d’une grande fraîcheur, rafistolé à la pâte à bois et le verni est à peine sec. Je vous transmets de nouvelles informations bientôt.
- Très bien, je vous remercie. Au revoir.»

Elle dévoila à Robert ces dernières données. L’iconologiste, commençant à reprendre des couleurs grâce au chauffage de la camionnette des scientifiques qui venaient de revenir de leur pause, fit travailler ses méninges engourdies.

« Il faut vraiment que j’arrête le chichon avec l’alcool, se dit-il, ma mémoire en prend un coup. »

Il réfléchit tout de même quelques minutes à voix haute :

« IVème siècle, Asie, saint Nicolas…Incroyable, Sophie !
- Qu’y a-t-il Bob ?
- Si ces plaques datent du IVème siècle, elles sont contemporaines de saint Nicolas, saint évêque de Myre en Asie mineure.
- Saint Nicolas ? Et pourquoi pas le père Noël ?
- Tu ne crois pas si bien dire. Saint Nicolas était connu pour avoir ressuscité des enfants égorgés, si c’est pas un cadeau…Il a aussi sauvé des bateaux en perdition.
- Et il avait un traîneau ton saint Nicolas ?
- A vrai dire, à cette époque et en ces lieux, je n’en sais fichtrement rien mais ça m’étonnerait beaucoup.
Par contre, au XIXème siècle, un écrivain, Washington Irving 1, décrivit les déplacements aériens de saint Nicolas, et c’est là que le père Noël en est proche. C’était effectivement pour la distribution de cadeaux que celui-ci se déplaçait par les airs.
Mais allons plutôt questionner notre hôte. »

Ils se dirigèrent vers le rouquin, plus rouge qu’à son habitude, son sang descendant dans sa tête.

« Cher monsieur, répondez-nous rapidement si vous voulez un jour retoucher le plancher des vaches.
Quel est votre nom ? s’enquit Robert.
- Bon Dieu, décrochez-moi de là !
- Répondez-moi d’abord. Votre nom, s’il vous plaît ?
- Bon Dieu de Bon Dieu, je suis Noël.
- Ne vous fichez pas de nous, mon ami, ce n’est pas le moment.
- Puisque je vous dis que je m’appelle Noël.
- Bon, admettons. Etes-vous le propriétaire du traîneau ? »

Noël, espérant garder son joujou :

« Ben ouais, c’est à moi. »

Vu l’accoutrement de l’homme pendu par le pantalon, Bob en doutait. Son accent, son air bourru, son teint d’alcoolique (bien que Robert savait qu’il ne fallait pas se fier aux apparences) ne collait pas tout à fait à l’idée qu’il se faisait du propriétaire d’un tel engin.

« Et d’où vient cet étrange appareil ?
- On me l’a donné.
- Qui vous l’a donné ?
- Un type, hier soir.
- Qui ?
- Un gars qui passait par là.
- C’est bon, sans plus d’explication de ta part, tu es bon pour sécher là, ou plutôt geler, puis avec le dégel pourrir et par la suite sécher.
- Bon Dieu, trouva-t-il encore la force de dire.
- Qui est cette personne ?
- D’accord, je dis tout mais décrochez-moi.

La tête lui chauffait, ça bourdonnait de partout, il lui semblait que l’afflux du sang dans sa caboche allait la faire exploser.

« Parle donc, l’ami.
- Un mec en blanc avec un chapeau de clown.
- Ou est-il actuellement ?
- Chépas !
- Tant pis pour toi.
- Bon Dieu, au secours ! Cria-t-il.
- Parle !
- Il est chez moi, dans la grange.
- Et ou ça se trouve, chez toi ?
- Chez Gérard Nouvelan, c’est mon pater . Par là, pas loin.
- Quel est le nom du village ?
- Petit Ruisseau.
- Très bien, mon cher, quand on veut être gentil ça marche. Dès que les collègues de tes victimes seront là ils te feront descendre de ton perchoir. Allons-y Sophie. »

Oui, oui, dans la voiture jaune, ils partirent en trombe.

« Robert, demanda Sophie toujours éberluée par ce qui venait de se passer, saint Nicolas était-il habillé en blanc ?
- Je ne crois pas, ma chérie, mais après ce qu’on a vu avec ces animaux qui guident un traîneau vers le ciel, on est en droit de tout imaginer.
Je me souviens avoir lu un vieux journal, le « New York Harper’s Illustrated Weekly» 2  datant approximativement du milieu du XIXème siècle dans lequel Santa Claus était vêtu de fourrure blanche, et là, ça nous conviendrait…
- Santa Claus ? Il me faut un rail, je n’en peux plus !
- Plus tard ma poule, pas en conduisant. » Lui se rinça pourtant la gorge d’une bonne dose de l’alcool contenu dans sa fiole.
« Qui est…euh ! Je ne sais plus ou j’en suis…qui était…Santa Claus ?
- C’est, en quelque sorte, l’ancêtre du père Noël. Je t’explique : Au XVIème, la réforme protestante en Europe supprima la saint Nicolas. Celle-ci perdura dans les esprits des hollandais et des allemands. Lors de l’immigration aux Etats-Unis, ceux-ci ont gardé cette croyance et ont transformé saint Nicolas en Santa Claus.
- Oh la la ! Qui allons-nous trouver chez ce Noël ?
- Nous allons le savoir tout de suite, ma poule, nous arrivons. »



1 Washington Irving (1783-1859) est aussi l'auteur de "La légende du cavalier sans tête". Tim Burton s'est approprié cet univers pour "Sleepy hollow".
2 Voir illustration en fin d'histoire.



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Dimanche 18 décembre 2005
Ca va être ta fête, Noël ! (5)


Le jeudi, dès l’aube, Gérard, le père de Noël, entra dans la grange et aperçut son fils qu’il secoua.

« Gamin, l’appela-t-il, aujourd’hui on va à la foire aux bestiaux et tu viens avec moi. »

Noël, émergeant, avait bien sûr oublié cette date, même s’il aimait chaque année se rendre à la foire saint André de Chartres qui se déroulait habituellement plus tôt dans la saison.

« J’peux pas, j’ai à faire.
- Discute pas j’te dis, tu viens. »

Noël grommela quelques mots incompréhensibles même s’il savait qu’il n’avait pas trop intérêt à répondre à son père qui, malgré ses 60 ans, avait encore une poigne aussi forte que la sienne.
Gérard quitta la grange sans avoir vu le second homme couché non loin de son fiston.
« Je t’attends dans cinq minutes dans la voiture. »

Dans le noir, Gérard regagna la maison.

« Bon Dieu, se dit Noël, faut que j’attache et que je bâillonne celui-là si je veux pas qui me file dans les pattes. »

Ce qu’il fit rapidement. L’homme en blanc était toujours inerte. Noël le planqua à nouveau sous la paille après lui avoir empêché tout mouvement, puis il se dirigea lui aussi vers la maison, espérant que personne ne dégagerait le traîneau  et ne s’étonnerait de voir les animaux dans le pré avant son retour. Le peu de passage dans le coin et la météo peu clémente le rassuraient un peu sur ce point.

Malheureusement pour lui, la visite à la foire s’éternisa, malgré son insistance pour rentrer.
Ils ne regagnèrent le logis que tard dans la soirée, aussi saoul l’un que l’autre.
Noël prit tout de même la peine de se traîner jusqu’à la grange pour voir si l’homme y était encore. Tout allait bien, il respirait mais ne bougeait toujours pas.
Il se coucha au même endroit que la veille, une bouteille à la main.


………………………………………………..


A midi le téléphone portable de Sophie sonna. La patronne et les deux piliers du bar observèrent du coin de l’œil cet étrange couple habillé comme pour sortir en ville.

« Allô ! Répondit Sophie.
- C’est Axel. Du nouveau dans notre affaire. Le coffre est ouvert. Du matériel informatique sophistiqué. Haute technologie. On a besoin d’étudier tout ça, les branchements sont complexes. On fait venir des spécialistes, ce n’est pas trop notre rayon.. Ils seront là vers 15 heures. D’ici là nous allons manger, vous devriez en faire autant, il n’y a plus rien à voir pour l’instant.
-Très bien, Axel, je te remercie. »

Et à Robert :

« C’était Axel, l’un des scientifiques. »

Et elle lui répéta ce qu’elle venait d’entendre.

Robert, aussi stupéfait qu’elle, sortit la fiole de sa poche, et à l’abri du regard de Noémie, qui n’avait pas l’air commode, en remplit la tasse dans laquelle il lui restait un fond de café. Il en proposa à Sophie d’un geste discret.

« C’est pas de refus, lui répondit-elle, mais après on mange. »


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