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Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 14:58

Ni cor ni cri

 

 

 

Il n'y prêtait guère plus d'attention qu'aux chats sauvages 

Il lui jetait les restes de ses repas devant la fenêtre 

C'est ainsi le seul effort qu'il consentait à commettre 

Jusqu'à ce que l'animal se soit faufilé un jour d'orage 

Elle avait glissé entre ses jambes pétries d'arthrite 

Il n'avait eu d'autre choix que de la laisser passer 

Et la tolérerait dorénavant dans sa cahute décrépite 

Elle prit l'habitude de s'installer sur le fauteuil délabré 

Au début elle évitait trop de proximité d'avec le vieux 

Et se plaçait pour le guetter et pour apercevoir ses yeux 

 

Le vieil homme vivait là, seul depuis longtemps 

A la longue la chatte n'encombrait plus ses arpents 

En une époque moins tendre, il n'en aurait pas été ainsi 

Et avec force poison, tel un nuisible il l'aurait bannie 

Aujourd'hui encore elle réagissait aux gestes soudains 

Mais lui n'aurait pu l'attraper sans se briser les reins      

 

Au fil des jours ils s'apprivoisèrent 

L'un a l'autre ils se conformèrent 

Elle portait maintenant sur lui un œil prévenant 

Qu'il finit enfin par reconnaître avec le temps 

Il continua lentement à se décatir 

Et la féline clémente à vieillir

Les nuits froides elle gagnait lentement le lit 

Où elle se lovait dans l'édredon et ses plis 

Il remarquait parfois qu'elle le scrutait longuement 

Quand les yeux pers reflétaient la faible lueur extérieure 

Il percevait alors le bruit sourd d'un ronronnement 

Et en ressentait comme un apaisement salvateur 

Depuis il éprouvait envers l'animal un sentiment étrange 

Lorsqu'elle soutenait son regard, l'incitant à lui porter louanges 

La féline ne cillait pas et l'homme se noyait dans ce vert-bleu 

Puis éprouvait soudainement le besoin d'émerger de ce camaïeu 

De lâcher prise pour ne pas céder à l'hypnose de cet être dérisoire 

Qui éprouvait semble-t-il de plus en plus de sollicitude à son égard 

 

Il ressentit le fardeau de son propre corps et pensa au prochain seuil 

Le jour où il s'aperçut que la bête peinait à monter sur le fauteuil 

Il installa alors des piles de livres en escalier pour faciliter sa montée 

La chatte lui en serait reconnaissante, sans le moindre doute il le sentait 

 

Dix huit ans avaient passés, restaient peu de mouvements, ils n'avaient plus d'âge 

Elle ne sortait plus s'abreuver au lavoir, oubliés depuis longtemps les maraudages 

Sans un miaulement, sans un bruit, une nuit elle monta sur le lit 

Pour s'installer elle ne tourna pas sur elle-même , il la sentit affaiblie 

Elle s'allongea de tout son long et ronronna faiblement 

Ce qui le rassura et lui permit de fermer l'œil un moment 

Aux premières lueurs de l'aube, l'homme s'éveilla brusquement 

Il vit les yeux de la chatte fixés sur lui sans aucun mouvement 

Il resta figé, terrorisé, elle ne respirait plus, son corps avait changé 

Dans la pénombre, la peur accrue, il ne comprenait pas ce qu'il voyait 

Dans les yeux pers un reflet brillant scintillait 

Il blêmit lorsque allumant la lampe à son chevet 

Il crut distinguer un petit corps fripé qui n'avait plus rien de félin 

Celui d'une femme, celui de sa mère, un corps humain. 

 

Au grand jour, dans la maison décrépite, la lampe de chevet éclairait encore 

Et sur le lit recouvert de l'édredon épais, les yeux ouverts, gisaient deux corps 

 

Celui d'une petite chatte aux yeux bleus 

Et celui de son homme - tous deux très vieux.  

 

 

À Janis 

 

 

sb.11 août 2011                                                            Accueil


 

 

Publié dans : L'homme qui tutoyait Serge - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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