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¤ KesKiyA : L'homme qui tutoyait
Serge
Le financier (Recette de crise)
Dans un contenant suffisamment important
Une coupe, un cul-de-poule, enfin, un récipient
Mélanger à la poudre d'amandes la farine et les sucres
Blanc et vanillé, avec l'extrait de vanille ici point de lucre
Monter les blancs en neige ferme avec un peu de sel
Puis les ajouter sans rien de plus, cela serait criminel
Faire fondre le beurre et l'incorporer au mélange
A l'aide d'une cuillère en bois, et pas façon boulange
Il ne sera pas nécessaire de levurer la pâte
Pour monter à la cuisson pas de hâte
Ah ! le plaisir gourmand, bon et sain à la fois
Et bientôt prêt à déguster, se gaver comm' oie
Tirer maintenant fermement à vous le financier
Et le bec lui plonger bien au fond du saladier
Jamais très inspirer, le remisier, profiteur
Ne pourra qu'inhaler la bouillie sans bonheur
Laisser mijoter
A l'étouffée
Maintenir jusqu'à complet blêmissement
Retirer, laisser reposer éternellement
sb.10/12/2011 Accueil
Le financier tire probablement son origine
De l'ordre religieux des visitandines
Et on peut raisonnablement penser que les sœurs
Si retirées soient-elles ne nous tiendrons pas rigueur
Pour un vil coulissier, n'en doutons point
Que d'avoir à visiter un malade de moins
sb.10/12/2011
Tête de pioche
Commencez donc par choisir l'exposition la meilleure
La terre la plus meuble fera de préférence votre bonheur
Mais si vous êtes bien équipé vous pourrez
A n'importe quel type de sol vous attaquer
Alors voyons maintenant les outils
A même de défoncer votre pâtis
Une pioche avec fers à pointe et houe
Ou une pioche à deux pointes, les atouts
L'intérêt, c'est qu'il faut que ça pique
Que ça incise, que ça fende
Il n'y a pas d'instrument unique
Bien que d'aucun s'en défende
Aussi la pelle-pioche pourra faire l'affaire
Plus que le palot, de doute il n'y a guère
Evitez également d'utiliser le fossoir
Qui risquerait de vous mettre en retard
Idem pour l'hoyau et sa lame en biseau
A moins d'avoir du nerf dans l'aloyau
Important, nous ne sommes pas là pour biner
Et n'avons point de temps pour affouiller
Le large tranchant de la bêche
Et là pas de risque de prêche
Fait l'unanimité pour évider aisément
Comment pourrait-on agir autrement
Une fois le champ soigneusement brisé
La première couche prête après labour
Evacuez les glèbes par larges pelletées
Les mottes stockées sur les parcelles autour
Vous réutiliserez - Puis recommencez
Car une couche ce n'est pas assez
L'idéal eut été pour votre labeur
D'avoir l'usage de l'excavateur
Ainsi donc en bon ouvrier prend forme votre carré
Seulement c'est d'un cube dont nous devons disposer
Alors reprenez au point précédent et tel l'animal
Grattez fouissez creusez jusqu'à la profondeur idéale
Et enfin en jardinier moderne que nous sommes
Allons pouvoir accomplir une tâche de grand homme
...
Jetez dans le trou le cadavre du banquier
Vous n'avez plus que sa bauge à combler
(Et ça marche aussi bien avec les courtiers)
sb.2 décembre 2011 Accueil
Qu'ils nous fichent la... paye
Traité comme un fonctionnaire
Tu te touches mais sans salaires
Paiement impossible pour tes missions
Activités raréfiées dans ta profession
Quels gages pour tes factures
Tristes appointements pour une torture
Pauvre commission pour grosse besogne
Plus de bricheton pour ta trogne
Pourboire de peu pour énorme bricole
Turbine, encaisse, picole
Émoluments aussi ridicule que tes primes
Paie de chagrin pour qui trime
Maigre cachet pour le bel œuvre
Avale le plein emploi et les couleuvres
Guelte infime pour gros commerce
Détail, basse solde pour qui exerce
Une goutte de jaffe pour toute huile de coude
Rend service et surtout jamais ne boude
Pas de récompense pour le labeur
Prix cassés sur les efforts, les pleurs
Indemnités réduites à bout de peines
Pas de fixe ni de de bas de laine
Précarité permanente, intérim avec esclavage
Fossoyeur de plein temps avec ou sans bagage
Faible rétribution pour le gagne-pain
Plus de budget pour tous les pantins
Plus de charges sans job et sans ressource
Moins de revenu pour plus de courses
D'énormes corvées pour de menues rémunérations
Moins de vacations, d'occupation, d'exécution
Moins d'exercice, d'ouvrage, plus de peur
Tu bûches, tu boulonnes, pues la sueur
Tu turbines, tout un art, à la petite semaine
Pour ton office, que de la haine
Tu essores, tu façonnes
Pour leur essor, ça déconne
Tu bosses encore, tu boulottes, tu ferrailles
Pour qu'en face ça vomisse ton travail
Tribut incommensurable
Loyers incalculables
Profits hyperboliques
Mensualités astronomiques
Honoraires inabordables
Contre des droits hier irréfragables
Des jetons de présence indécents
Pillage, rapt, avilissement
Entreprises âpre au gain, banal
Holdups banquiers
Vertu de l'actionnariat, rentier
Participations aux bénéfices
Belle morale, courage, anciens vices
Le temps des résultats pour les affaires
Nouvelles valeurs financières
Assez de leur sale air
Qu'on nous fiche la paye
Dignité et salaires
Ou ils n'auront plus la paix
sb.nov 2011 Accueil
Bien foutues les primaires socialistes !
Au bout de 2 tours elles nous sortent le même candidat qu'aurait élu le parti s'il n'avait pas donné dans le populisme.
Super bien foutu le truc !
Eh ben BARVO !
Ni cor ni cri
Il n'y prêtait guère plus d'attention qu'aux chats sauvages
Il lui jetait les restes de ses repas devant la fenêtre
C'est ainsi le seul effort qu'il consentait à commettre
Jusqu'à ce que l'animal se soit faufilé un jour d'orage
Elle avait glissé entre ses jambes pétries d'arthrite
Il n'avait eu d'autre choix que de la laisser passer
Et la tolérerait dorénavant dans sa cahute décrépite
Elle prit l'habitude de s'installer sur le fauteuil délabré
Au début elle évitait trop de proximité d'avec le vieux
Et se plaçait pour le guetter et pour apercevoir ses yeux
Le vieil homme vivait là, seul depuis longtemps
A la longue la chatte n'encombrait plus ses arpents
En une époque moins tendre, il n'en aurait pas été ainsi
Et avec force poison, tel un nuisible il l'aurait bannie
Aujourd'hui encore elle réagissait aux gestes soudains
Mais lui n'aurait pu l'attraper sans se briser les reins
Au fil des jours ils s'apprivoisèrent
L'un a l'autre ils se conformèrent
Elle portait maintenant sur lui un œil prévenant
Qu'il finit enfin par reconnaître avec le temps
Il continua lentement à se décatir
Et la féline clémente à vieillir
Les nuits froides elle gagnait lentement le lit
Où elle se lovait dans l'édredon et ses plis
Il remarquait parfois qu'elle le scrutait longuement
Quand les yeux pers reflétaient la faible lueur extérieure
Il percevait alors le bruit sourd d'un ronronnement
Et en ressentait comme un apaisement salvateur
Depuis il éprouvait envers l'animal un sentiment étrange
Lorsqu'elle soutenait son regard, l'incitant à lui porter louanges
La féline ne cillait pas et l'homme se noyait dans ce vert-bleu
Puis éprouvait soudainement le besoin d'émerger de ce camaïeu
De lâcher prise pour ne pas céder à l'hypnose de cet être dérisoire
Qui éprouvait semble-t-il de plus en plus de sollicitude à son égard
Il ressentit le fardeau de son propre corps et pensa au prochain seuil
Le jour où il s'aperçut que la bête peinait à monter sur le fauteuil
Il installa alors des piles de livres en escalier pour faciliter sa montée
La chatte lui en serait reconnaissante, sans le moindre doute il le sentait
Dix huit ans avaient passés, restaient peu de mouvements, ils n'avaient plus d'âge
Elle ne sortait plus s'abreuver au lavoir, oubliés depuis longtemps les maraudages
Sans un miaulement, sans un bruit, une nuit elle monta sur le lit
Pour s'installer elle ne tourna pas sur elle-même , il la sentit affaiblie
Elle s'allongea de tout son long et ronronna faiblement
Ce qui le rassura et lui permit de fermer l'œil un moment
Aux premières lueurs de l'aube, l'homme s'éveilla brusquement
Il vit les yeux de la chatte fixés sur lui sans aucun mouvement
Il resta figé, terrorisé, elle ne respirait plus, son corps avait changé
Dans la pénombre, la peur accrue, il ne comprenait pas ce qu'il voyait
Dans les yeux pers un reflet brillant scintillait
Il blêmit lorsque allumant la lampe à son chevet
Il crut distinguer un petit corps fripé qui n'avait plus rien de félin
Celui d'une femme, celui de sa mère, un corps humain.
Au grand jour, dans la maison décrépite, la lampe de chevet éclairait encore
Et sur le lit recouvert de l'édredon épais, les yeux ouverts, gisaient deux corps
Celui d'une petite chatte aux yeux bleus
Et celui de son homme - tous deux très vieux.
À Janis
sb.11 août 2011 Accueil