¤ ¤
¤ KesKiyA : L'homme qui tutoyait
Serge
Les Aneridannes (36)
Cher journal,
J’en ai une bien bonne à te raconter ce soir ! Aujourd’hui, au travail, une des agentes sous mes ordres est venue dans mon bureau pour me parler d’une question tout à fait futile au niveau de ses tâches. Une petite conversation s’est engagée (« petite » car je n’ai pas que ça à faire non plus, je suis haut fonctionnaire !). Sachant la demoiselle bretonne je lui demande si elle va souvent faire du bateau dans cette belle région. Et tu sais quoi ? Elle me répond tout de go « Je n’ai pas de bateau ». Interloqué par une telle affirmation je cherche à savoir si ça ne serait pas juste une barque ou un canoë et elle me dit que non. Une bretonne sans bateau ! Je ne savais même pas que ça pouvait exister ! Avec ma famille quand nous allons en vacances dans cette région nous naviguons à chaque fois. Mais alors si certains bretons n’ont pas de bateaux comment font-ils pour aller sur l’eau ?????????????????? Est-il possible qu’un fonctionnaire ne gagne pas assez d’argent pour s’assurer ce minimum vital quand il est entouré d’eau ? Je sais que cette personne est en bas de l’échelle mais tout de même c’est une salariée de l’État, État français qui plus est ! Il ne peut pas la rétribuer une misère ! Après tout si la politique est à la suppression de postes dans la fonction publique, et surtout de postes d’agents C, c’est qu’ils touchent un salaire conséquent (pas autant que le mien mais je ne suis pas A+ pour la gloire non plus !) non ? Sinon pourquoi vouloir économiser là-dessus ? A bien y réfléchir j’aurais peut-être dû parler de yacht, elle aurait mieux compris. Enfin, voilà, cher journal, l’anecdote du jour.
Hormis ceci, la journée s’est déroulée comme à l’habitude. J’ai pris les transports en commun ce matin pour me rendre au travail, c’est une horreur à chaque fois de devoir être entouré de ces petites gens. Il est manifeste que nous n’avons pas les mêmes valeurs eux et moi. Eux qui vont s’échiner pour des clopinettes avec des personnes qui ne les respectent pas et moi qui vais retrouver mes pairs, des fonctionnaires ayant confiance et foi en moi, pour remplir les hautes fonctions qui sont les miennes. Oui cher journal, je conviens qu’il n’ai pas donné à tout le monde d’être aussi intelligent que moi et de réussir un concours réservé à l’élite mais c’est plus fort que moi je leur en veut d’être aussi incapables. Cela dit même parmi mes pairs il en est un ne laissant pas paraître ses facultés hors norme comme moi. Tu devines de quel personnage je parle n’est-ce pas ? Mon supérieur direct. Si tous les hauts fonctionnaires étaient tels que lui la France serait dans un sale état ! Entre lui et mes agents qui viennent me poser des questions sans arrêt je suis bien entouré tient !
Toutefois, mes agents m’importunent moins qu’à mon arrivée il y a deux ans. Ils ont vite compris que je suis là pour remplir une fonction et que le travail c’est à eux qu’il incombe. Je leur fais suivre les notes que la direction m’envoie et ils n’arrivent même pas à se débrouiller avec ça. « Ça serait à vous à nous expliquer les notes » viennent-il à dire ! Ils ne savent pas lire ou quoi ? Et mon supérieur donc, me souhaitant le bonjour quatre fois dans la matinée car il a la mémoire d’un poisson rouge ! Il me délègue énormément de tâches, soit disant qu’il a déjà trop à faire de son côté. Je sais bien qu’il passe une partie de la journée à regarder par la fenêtre et le reste à imprimer des tableaux de statistiques avec sa jolie imprimante couleur. D’ailleurs, cher journal, j’ai écris une note à la direction pour leur signaler que j’aimerais avoir la même, je trouve inadmissible qu’ils n’y aient pas pensé jusque là ! Bref tout ça pour conclure que ce service serait une vraie ruine sans moi et mes compétences.
Et tout cela je le fais dans la modestie car j’entend bien mes agents me critiquer « Il est vraiment nul ; il ne comprend jamais rien à ce qu’on lui raconte. » « Lui et le chef ils font vraiment la paire ! » « Il n’y en n’a pas un pour rattraper l’autre. » « Un synonyme : incompétent. » Et j’en passe et des meilleures ! De la jalousie, tous se propos ne reflètent que ça ! Ils se rendent très clairement compte qu’ils n’arriveraient jamais à obtenir mon poste et que, de plus, si ce miracle survenait ils ne m’arriveraient pas à la cheville.
Cher journal, je suis vraiment trop fier de moi et ce soir dans le miroir, encore une fois, je me suis trouvé le plus beau des hommes !
Des murs
Peuple libéré
Grande commémoration
Triste hypocrisie
Parpaings empilés
Poutre immense effacée
Mille pailles oubliées
Pour un mur physique
Combien d'esprits torturés
Combien d'opprimés
Mais « moi j'y étais »
Regardez je vous libère
Ici plus jamais
Et les mêmes expulsent
Réinventent la rétention
Et donnent des leçons
Les murs de béton
Entretiennent haines et misères
Les frontières idem
Murs psychologiques
Politiques, spirituels
Idéologiques
Et les riches montent des murs
Pauvres de « Sans », tu possèdes
Des yeux pour pleurer
Les murs d'États
Lois ciselées par la peur
Et peine de mort
Murs religieux
De fanatiques effrayés
Par la liberté
Et des milles et des cents
Triste liste non exhaustive
Esprits barbelés
Mais s'ils tombent un jour
Y seras-tu pauvre con
Malheureusement non
sb 11/11/2009 Accueil
Éveil
Sens singuliers
Tels des turpitudes enfouies
Amours interdites
Âme indéhiscente
Rongée de chimères nocturnes
Rêve d'éclore enfin
Nature éveillée
Libre du joug ordinaire
Conscience affranchie
sb.21.10.2009 Accueil